La révolution numérique est en marche dans le secteur de la santé. Les outils connectés se développent à une vitesse folle. Faut-il saluer cette évolution ? Réguler leur émergence ? Jean-François Thébaut, membre du Collège de la HAS et Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique, ont répondu à ces questions dans un article publié par le webzine de la HAS.

Le numérique transforme-t-il notre système de santé ?

D’après Benoît Thieulin les accès multiples à l’information sur le web, et «l’apparition de nouveaux prescripteurs » ont changé notre rapport à la santé. Désormais, la relation patient/médecin s’inscrit dans une dimension de réseau social de proximité, qui s’applique en ligne et hors ligne. Un constat partagé par J.F Thébaut qui estime que les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication agissent comme des facilitateurs de mise en relations. Les NTIC induisent donc forcément une modification des comportements, et par extension de la façon de penser la relation patient/médecin.
Prise de rendez-vous à distance, accès à un dossier médical numérisé, outil d’aide au diagnostic : le numérique transforme les rapports entre le malade et le praticien « Les outils connectés permettront aux patients d’avoir une information directe sur leur état de santé et aux professionnels de santé (…) de recevoir une masse d’informations en flux quasi continu », déclare à ce sujet le Dr J.F Thébaut. L’émergence de ces outils induit à la fois une simplification administrative, une autonomie grandissante, et 2 risques : le non respect des données personnelles et un amoindrissement de la qualité des prestations médicales.

La santé à l’heure du numérique : quel risque pour les données personnelles?

« Avec l’avènement du quantified self (mesure de son mode de vie) et du Big data (mégadonnées) en santé, la protection des individus passe aussi par la protection de leurs données personnelles », explique Benoît Thieulin. Car avec le numérique la santé entre dans une logique de collecte d’informations. A l’heure actuelle les médecins, les secrétaires et télésecrétaires médicales exercent dans le respect de la confidentialité des données des patients. Les acteurs de santé, y compris dans le cadre du télésecrétariat médical, sont conscients de cette question et gardent sous silence les informations des malades.
La sécurité des informations personnelles des malades est donc au cœur du métier, et la transition vers le numérique ne devra pas annuler ce principe. Pour le docteur J.F Thébaut les outils de santé doivent faire l’objet d’une régulation. «Cette régulation doit répondre aux principes fondamentaux de la pratique médicale : la qualité, l’efficacité, la sécurité, la protection des données personnelles, le respect de l’autonomie des personnes et du libre choix, ce qui implique la transmission d’une information loyale complète et partagée. »

Peut-on assurer la qualité des soins et de la prise en charge médicale avec les outils connectés ?

« Le champ de la santé connectée est aussi vaste que celui de la santé en général. Il faut distinguer les soins préventifs ou curatifs, d’une part, et les outils de la santé connectée, de l’autre », explique J.F Thébaut. Il précise également que quelle que soit la stratégie de prise en charge, elle doit faire l’objet d’une évaluation scientifique. C’est donc aussi le cas des outils de santé qui devront être validés par plusieurs acteurs :

  • la CNIL pour le respect des données personnelles,
  • l’ANSSI pour la qualité des systèmes d’information,
  • l’ANSM pour la sécurité des dispositifs médicaux,
  • la HAS pour ce qui concerne l’usage et l’intérêt de ces outils dans les stratégies thérapeutiques.

Benoît Thieulin rappelle quant à lui que l’Ordre des médecins « diffuse des guides de bonnes pratiques auprès des médecins et les accompagne dans la transformation de leur activité. »